
Le Parti socialiste a peut-être vécu une année 2009 difficile, et le gouvernement s’en est ouvertement réjoui à plusieurs occasions. Le rapport de forces est ainsi fait, on profite toujours des faiblesses de son adversaire. Depuis quelques mois, les signes encourageants et prometteurs sont néanmoins perceptibles et relayés dans la presse, à défaut d’être visibles sur TF1…
Que le Parti socialiste soit en 2010 à nouveau en capacité d’incarner une alternative crédible et souhaitée, c’est sans aucun doute le vœu le plus cher de tous les militants et sympathisants. Mais l’échec de la politique de Nicolas Sarkozy, si elle n’est en soi pas une surprise, nous conduit à une inquiétude légitime pour notre pays.
Cet échec est quadruple, et risque d’hypothéquer gravement la cohésion sociale si cette politique n’est pas enrayée.
Echec financier et économique tout d’abord. Nicolas Sarkozy laisse filer l’endettement de la France. Entre fin 2008 et fin 2009, l’endettement a pris 10 points, passant de 67 à 77 % du PIB. Si rien n’est fait, nous serons à 94 % du PIB en 2013. Si la gauche parvient en 2012 à relever le défi de l’alternance, la responsabilité de la conduite des affaires publiques ne sera pas aisée. Ce taux d’endettement démontre que les finances publiques ne sont pas tenues, malgré la RGPP, malgré les suppressions dogmatiques de postes dans la fonction publique. Merci le bouclier fiscal… Bruxelles voit cela d’un mauvais œil, et l’Allemagne est également inquiète, car un dérapage des finances publiques françaises peut mettre en péril tout l’édifice européen, et notamment la stabilité du couple franco-allemand. Pour mémoire, le taux d’endettement de l’Allemagne est inférieur à celui de la France, alors que depuis 20 ans, l’Allemagne consacre des sommes astronomiques pour financer la réunification allemande.
L’échec économique est lié. Nicolas Sarkozy a sans aucun doute sauvé les banques d’un désastre, mais sans aucune contre-partie. Les PME obtiennent régulièrement des refus face à des demandes de crédit. Les banques ne jouent pas le jeu, mais c’est l’Etat qui en est responsable. Cet argent donné aux banques n’a pas pu être réinjecté dans les circuits économiques, et l’année 2010 risque d’être celle de la grippe (non pas la H1N1, mais la grippe économique…). Et le volontarisme de Nicolas Sarkozy s’est arrêté aux portes de sortie des banques. Car sur le front de l’emploi, il ne se passe rien. Les économistes sont nombreux à dire que le coûteux dispositif des heures supplémentaires n’apporte rien. C’est au contraire par un partage du temps de travail que nous pourrons améliorer la situation. Mais les 35 heures ont été tellement détruites par UMP, TF1 et consorts… Il y a du travail de pédagogie sur la planche.
Echec sociétal. C’est sans aucun doute un des points les plus inquiétants pour notre cohésion nationale. La politique du logement est une catastrophe, mais plus encore, l’organisation du débat sur l’identité nationale est en train de « faire crever » notre pays. Les racistes et xénophobes sentent qu’ils ont à nouveau le droit de tout dire, en toute impunité. L’étranger est responsable de nos malheurs, la politique du bouc émissaire ayant été mise en place de façon officielle. Le fossé qui est en train de se creuser est hors de contrôle, et la responsabilité de Nicolas Sarkozy dans ce domaine est entière. La prise de position d’Edwy PLENEL, directeur de Mediapart, est courageuse, mais malheureusement véridique : les idées les plus sombres de la droite extrême ont été re-légitimées par celui qui se prétend être l’héritier du mouvement de De Gaulle. C’est plutôt une nauséabonde revanche de Pétain à laquelle nous assistons…
Echec éducatif. La formation professionnelle continue, la formation initiale, l’école maternelle, l’école élémentaire, le Collège et bien sûr le Lycée, la formation des futurs professeurs. Tout cela est mis en casse systématique par un gouvernement cynique et résolu de mettre fin à l’un des services publics dont nous pouvions être fiers. Certes, l’Education nationale n’est pas parfaite, mais depuis 2 ans, un travail de destruction est en place. Victor Hugo disait qu’ouvrir une école, c’était fermer une prison. Nicolas Sarkozy fait l’inverse. L’évolution de la sécurité publique montre d’ailleurs que l’avalanche de lois sécuritaires depuis 2002 n’a rien améliorée, bien au contraire. La seule logique qui a cours aujourd’hui, c’’est la logique comptable. Tout est trop cher, trop dispendieux. On enlève, on coupe, on supprime. Mais en même temps, on diffuse de nouvelles directives généreuses et innovantes… inapplicables, car sans moyens pour les mettre en place. Les professeurs font un travail de sacerdoce, car ils ont le désir réel de faire progresser les élèves. Attention quand le découragement va inonder tout le système. Ce sera terrible…
Enfin, échec écologique et de gestion des territoires. La décision du Conseil constitutionnel à propos de la taxe carbone démontre l’amateurisme des gens qui nous gouvernent. Il n’y a aucune réflexion de fond sur les conséquences d’une mesure aussi capitale, aucune anticipation. Nicolas Sarkozy est peut-être de bonne foi lorsqu’il intervient de façon résolue à Copenhague, mais il ne suffit pas de faire un discours musclé pour porter une politique. Le bilan en la matière est nettement insuffisant. Et comme le lien avec l’aménagement et la gestion de nos territoires est ici particulièrement prégnant, il n’est pas inutile de rappeler que la taxe carbone devait être un des morceaux de puzzle de la reconfiguration sarkozyenne des territoires : suppression de la taxe professionnelle, suppression de la compétence générale des conseils régionaux et des conseils généraux, fusion des conseillers régionaux et généraux (et réduction du nombre des élus sur un mode très anti-parlementaire et populiste des années 1930…), avec un mode de scrutin fort problématique. Leitmotiv : disparition des contre-pouvoirs…
C’est au PS et à toute la gauche de profiter des actuelles difficultés de l’UMP pour faire émerger une dynamique. Il n’est plus question d’assurer seulement un retour de la gauche au pouvoir, pour porter une politique socialement plus juste. Le défi aujourd’hui est bien plus important : sauver notre démocratie, renforcer les contre-pouvoirs nécessaires dans un régime démocratique, retrouver le chemin de la cohésion sociale, sauver les finances publiques d’un désastre annoncé.
Tout ce que l’on peut souhaiter pour 2010, c’est le réveil social, l’investissement et la mobilisation des citoyens pour barrer la route au président de la république des gens de l’UMP. Courage !